2009-03-05

Mémoires d'Hadrien

Il arrive quelquefois qu'on mette la main sur un livre, recommandé souvent, en ne sachant pas.

On commence à lire. On tourne les pages. Au début il y a ce vague sentiment, à peine perceptible. On continue de lire. Et le sentiment prend lentement forme, il se précise et il grandit. Jusqu'à ce qu'on réalise la nature réelle de cette impression: on foule un des sommets de la littérature humaine. Et c'est la certitude. C'est un chef-d'oeuvre! On savoure désormais chaque mot, chaque leçon de vie, chaque idée. Cependant, au fil des page qu'on tourne aussi lentement que possible, un deuil peu à peu s'installe. Plus on s'approche de la dernière page, plus on sait que jamais une telle expérience ne se représentera à nous. Puis c'est la cassure de la dernière page. On entre dans la mort les yeux ouverts. On aura beau chercher fébrilement une expérience intérieure semblable, on sait que le sommet est derrière soi. On essais les autres de Yourcenar, dans l'espoir. On essaie Proulx, Hesse, Camus. Mais en vain. Alors on commence à jalouser ceux qui ne l'ont pas lu, car on sait combien grande sera la découverte. On jalouse le potentiel de l'innocence.

Ainsi en est-il des Mémoires d'Hadrien de Marguerite Yourcenar.

Il y a avant. Et il y a après.

Puisse ce livre être le dernier que vous lirez, car les suivants demeureront inachevés.

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5 commentaires:

Nanou La Terre a dit…

Et bien, vous me donnez véritablement et de façon irrésistible le goût de le lire...

Je prends note.

L'aubergiste en devoir a dit…

Je me rappelle l'avoir lu lorsque j'étudiais en Lettres au CEGEP. À cet âge, malgré mon amour de la littérature, je le trouvais difficile. Je devais surtout le lire avec un dictionnaire tellement le vocabulaire y était évolué; j'y apprenais beaucoup mais chaque page était un défi...

Peut-être vingt ans plus tard, devrais-je m'y remettre afin de voir combien ces années passées ont façonné mes neurones...

Artémis a dit…

J'ai lu ce livre lors d'un voyage en Grèce. Je l'ai littéralement dévorer.
J'avais 21 ans, mon amant 38.
J'étais Antinoüs.

Anonyme a dit…

Tu pourras être de nouveau jaloux.
Mais pas pour très longtemps ...
M.O.G.

madrabbit a dit…

Salut Mazzaroth, it's been a while.
Étrange les hasards de la vie, dans la même semaine je termine la (re)lecture des Mémoires d'Hadrien, et en repassant sur ton site que j'avais négligé depuis des lustres je tombe sur cet éloge avec lequel je ne peux qu'être en accord. Chef d'oeuvre, sans aucun doute, mais qui réclame son dû au lecteur...
Je te soumet cette superbe citation tirée des carnets de notes de l'auteure, et qui ne t'a probablement pas échappée:
"Les dieux n'étant plus, et le Christ n'étant pas encore, il y a eu, de Cicéron à Marc-Aurèle, un moment unique ou l'homme seul a été".
Sauf erreur, je trouve que ça convient assez bien à l'ambiance de ton blogue.