2008-12-11

Endoctrinement

L'endoctrinement a habituellement pour but principal de dissoudre l'esprit critique. La religion et la politique sont considérées comme deux importants foyers d’endoctrinement. Encore mieux, selon wikipedia: "L'endoctrinement consiste à user avec régularité de divers moyens de pression psychologique tels que la peur, l'espoir, la culpabilité ou encore le martèlement indéfini des mêmes affirmations, l'entraînement socio-affectif, etc." Il est difficile de ne pas reconnaître dans chacune de ces stratégies l'ensemble des techniques utilisées par la religion et la politique.

Je considère que la religion devrait être un domaine réservé aux 18 ans et plus... exactement comme la pornographie, la violence, l'alcool, le tabac et les autres produits néfastes à la santé mentale et/ou physique. A ne consommer seulement que lorsqu'on a développé un sens critique. À mes yeux, l’endoctrinement religieux des enfants est une monstruosité morale aux proportions historiques dont nous devrons répondre.

Via l'endoctrinement, les enfants sont privés du droit de remettre en question. Il ne faut pas se surprendre quand on constate combien la curiosité et le goût de savoir, pourtant si présent en bas âge, et s'exprimant par d'innombrable questions aussi naïves qu'en plein dans le mille, s'estompent à mesure que l'enfant grandit - on leur apprend qu'il ne faut pas questionner, il faut croire. Et plus c'est incroyable, plus il faut y croire poursuit-on. Comme c'est affiché en grosses lettres bien grasses pas très loin de chez moi: "la foi c'est croire l'incroyable, voir l'invisible et saisir l'insaisissable". L'hallucination est définie par le Robert comme "une perception pathologique de faits, d'objets qui n'existent pas, de sensations en l'absence de tout stimulus extérieur". Alors hallucinons mes frères!

L'endoctrinement prive aussi les enfants des mécanismes nécessaires afin d'évaluer, de soupeser et de filtrer objectivement le flux incessant d'information dans lequel ils baignent constamment et dans lequel ils baigneront toute leur vie. Il est de notre devoir de société de prémunir nos enfants des armes logiques, psychologiques et émotives afin qu'ils puissent eux-mêmes se défendre contre les abus de toutes sortes. C'est peut-être là une des grandes missions émergentes de notre système d'éducation.

La science et l'éducation sont souvent cités comme des armes contre l'endoctrinement. Et, aussi souvent, la science et l'éducation sont aussi présentés comme des foyers d'endoctrinement. L'apprentissage scientifique ne peut pas être accusé d'endoctrinement car le but même de l'apprentissage scientifique est justement d'inculquer et de promouvoir l'esprit critique. En ceci, la Science se pose vertement en opposition avec la politique et la religion. La Science repose sur des faits objectifs observables; la politique est basée sur des opinions souvent subjectives; et la religion est basée sur des dogmes et des croyances souvent improuvables - ou pire, infalsifiables. La question de l'endoctrinement dans l'éducation reste cependant sur la table. Il suffit de retourner quelques années en arrière (ou dans certaines écoles présentement en train de sévir) pour voir clairement l'endoctrinement usurper l'image de l'éducation pour faire son vil travail. Comment pouvons-nous séparer endoctrinement et éducation? J'imagine que c'est un peu comme séparer état et église: il restera toujours un peu d'église dans l'état et l'église essaiera toujours de dicter à l'état ce qui doit être fait. Le lien entre l'état et l'église - et entre endoctrinement et éducation - demeure humain. Comment espérer demander à un chrétien fondamentaliste convaincu d'enseigner la théorie de l'évolution de façon objective, sincère et convaincante? On ne peut compter que sur le professionnalisme des enseignants - et de ce côté, je dois l'avouer, nous sommes encore choyés ici au Québec... par opposition a nos voisins du sud. La séparation entre endoctrinement et enseignement ne tient que sur quelques règles provenant des hautes instances du ministère de l'éducation et, surtout, sur la qualité de la grande majorité des enseignants dont nous disposons pour l'instant.

Je rêve du jour où nous pourrons remplacer le cour d’enseignement religieux par un cours de développement du sens critique; cela représenterait, selon moi, un avancement majeur pour notre société. Le syllabus d'un tel cours devrait couvrir des sessions de jeux et de laboratoire d'expérimentation cognitive, l'étude du cerveau, de la psychologie, de la logique d'argumentation, de la compréhension des possibilités et des limites de l'esprit humain, les affliction, maladies et particularités du cerveau. Mais je sais bien qu'un tel syllabus cela ne sera pas enseigné demain matin. Cependant, un bon début serait tout simplement d'enseigner ce que Carl Sagan appelait un baloney detection kit qui se résume ainsi:


  • Autant que possible, il doit y avoir une confirmation indépendante des faits.

  • Encouragez le débat en substance sur les évidences avec des défendeurs compétents de tous les points de vue.

  • Les arguments d'autorité ont peu de poids (en science, il n'y a pas d'autorités).

  • Testez plus d'une hypothèses - ne vous arrêtez pas à la première idée qui vous séduit.

  • Ne vous attachez pas à une hypothèse parce qu'elle vient de vous.

  • Quantifiez autant que possible.

  • Dans une chaîne d'arguments, chaque éléments de la chaîne doit fonctionner.

  • Utilisez le rasoir d'Occam - quand deux hypothèses expliquent les données de façon aussi satisfaisantes, favorisez la plus simple.

  • Demandez-vous si l'hypothèse peut, du moins en principe, être falsifiée par un test non ambigüe. En d'autre mots, est-ce que l'hypothèse est testable? D'autres peuvent-ils dupliquer votre test et obtenir les mêmes résultats?


Un tel développement du sens critique protégerait notre société contre la plupart des formes d'endoctrinement, entre autre, mais aussi des pièges à con, de la désinformation, de la propagande, etc. Mais ce n'est peut-être pas ce que désirent certaines instances maniant au grand jour ou dans la pénombre les rennes du pouvoir... Alors je ne compte pas qu'un tel cours soit mis de l'avant de sitôt. À moins que...



Je suggère fortement les références suivantes qui vont dans l'esprit de ce billet:

4 commentaires:

lurch agoratoire a dit…

Réservez la religion pour les 18 ans et plus? Ça c'est une idée qui mérite d'être mise en pratique! Tiens, on devrait cacher les présentoirs de la section RELIGION chez les libraires comme Chapters et Barnes & Noble comme on le fait pour les cigarettes.

Tu rejoins Christopher Hitchens dans son chapitre intitulé "Is religion child abuse?" lorsqu'il dit: "If religious instruction were not allowed until the child had attained the age of reason, we would be living in a quite different world".

Synchronicité ou coïncidence? Toujours est-il que tu publie ton billet le jour même où je tombe sur un des pires cas d'endoctrinement religieux ET politique qu'il m'ait été donné de voir.

Ah Mazz....

Maudit Blues a dit…

Bonjour Mazz,
Je viens de tomber sur ton billet en passant chez l'ami Lurch, qui depuis longtemps m'a encouragé à passer sur ton blog. Je ne peux pas résister à l'envie de t'adresser un extrait du dernier éditorial de
Marianne sur le financier Bernard Madoff(http://www.marianne2.fr/)
Synchronicité ou coïncidence? Il faudra poser la question à Lurch.

..."Madoff, c'est Dieu, c'est la Bible, c'est le Verbe.
Du moins c'était.
Or, le métier de banquier c’est justement de se défier des apparences pour repérer la fraude. Ils doivent s’organiser pour cela et y penser toujours. Alors risquons une explication : ils n’ont rien vérifié parce qu’ils croyaient à Madoff, comme on croit en Dieu. Plus précisément, le rendement insensé d’environ 10% sur longue période était bien la preuve de l’efficience des marchés financiers, la preuve fondamentale de l’utilité du clergé des marchés — les « banquiers », regroupés en chapelles qu'on appelle les « banques ».

Comme l’existence de Dieu, et son message, la Bible, avait permis d’affirmer contre Galilée que le Soleil tourne autour de la Terre, l’existence de Madoff et d’autres charlatans autoriserait de faire tourner l’économie autour de la finance. Cela permettait d’ailleurs d’exiger et de percevoir la dîme, un rendement de 10% à 15% du capital. Quel que soit le secteur : industrie, mines, services, télécoms, etc, les entreprises devaient créer cette formidable « valeur pour l’actionnaire », productrice d’une rente perpétuelle pour les financiers.

Puisque Madoff le promettait, pourquoi pas les autres ? On n’explique pas autrement non plus l’aveuglement de la SEC, l’autorité de régulation des marchés américains, chargée de surveiller Madoff. Bien sûr, Madoff était de la maison, ancien président du Nasdaq, la bourse des valeurs technologiques, l’enfant chéri de Wall Street. Mais pour tous les acteurs de l’industrie financière, les gens comme Madoff incarnent le Verbe. Puisqu’ils disent que c’est possible, il suffit de les croire, et que se réalise la promesse des prébendes sous la forme de juteuse commissions..."

Jusqu'où va se nicher l'endoctrinement.

Maudit Blues

Mazz a dit…

@lurch agoratoire
Content de t'avoir forcé à publier ce billet! Je ne connaissais pas.

@Maudit Blues
Il est vrai que les gourous, peu importe le domaine dans lequel ils sévissent, usent d'endoctrinement.

Madoff en était un.

C'est vrai que depuis que j'ai écrit ce billet, je n'arrête pas de voir des exemples et des formes diverses d'endoctrinement

Maudit Blues a dit…

Il me semble que la perte d'un gourou ou d'un messie est une bonne nouvelle et un gain considérable pour l'humanité, puisque c'est la perte d'une illusion. Avec un peu de chance, c'est le genre de douche froide qui devrait bien finir par réveiller quelques consciences.

Qu'elles que soient leurs domaines, les religions ont en commun qu'elles exigent la foi, autrement dit la soumission aveugle et absolue aux dogmes qu'elles enseignent; elles imposent de renoncer à se servir de la raison pour examiner ce qu'elles ordonnent de croire, et elles font de cette abdication servile, une vertu, même quand il s'agit d'acquiescement à des dogmes absurdes, aux barbaries les plus délirantes, aux nuits les plus sombres.
Maudit Blues