La réforme de l'Éducation
Tabarslack, Je pête une coche.
Est-ce qu'il y a quelqu'un dans la salle qui peut expliquer à notre ministre de l'éducation ce qu'est la réforme de l'éducation?
Et, en passant, il faudrait aussi que cette personne l'explique aussi au restant de la population du Québec! Ça fait assez longtemps qu'on en entend parler, que tout le monde chiale et pleurniche dessus, sans savoir ce que c'est. Il est où le Défenseur de la réforme? Piaget, éclaire-nous!
Je suis aussi tanné que dès qu'on parle de quoi que ce soit dans notre société, en passant par les accommodements religieux et les gangs de rue, on accuse la réforme, écorchant au passage les enseignants et enseignantes.
Je vais ici, ce soir, jeter mon pavé dans la marre et aussi donner mon point de vue, comme tout le monde, une fois pour toutes. Après je n'en reparlerai plus. (peut-être! :-) )
D'abord qu'est-ce que la réforme?
Pour faire simple, je vous laisse deux choix:
1. Enseigner les 'connaissances' telle qu'on le faisait à l'époque médiévale, ou
2. Utiliser ce que nous avons appris dans les dernières centaines d'années en sciences cognitives, neuro-psychologie, et dans les découvertes de la science moderne afin d'améliorer notre façon d'enseigner.
Le choix est aussi simple que cela. Et la réforme est la seconde branche de l'alternative.
Depuis Charlemagne, il y a eu la Renaissance, l'époque des lumières, Copernic, Galilée, Freud, Piaget, Wilber, et d'innombrables autres! On sait aujourd'hui qu'il y a plusieurs formes d'intelligence, plusieurs méthodes d'apprentissage, plusieurs types de personnalité, et nous avons chacuns nos forces et nos faiblesses en celles-ci. Peut-on juste intégrer les connaissances que nous avons acquises sur la psychologie et le cerveau humain afin d'avancer un peu en tant qu'humanité dans notre apprentissage de qui nous sommes et des connaissances générales?
Et je passe outre le fameux débat sur le sens de l'éducation: doit-on fabriquer un meilleur employé ou former un meilleur être humain?
Quand j'entend notre Ministre balayer du revers de la main les efforts acharnés de nos enseignants pour essayer d'appliquer la réforme (qui a été très mal communiquée à ceux-ci, en passant) et les efforts louangeables des fonctionnaires de l'Éducation pour venir dire que ce sont les parents qui ont raison, je me sens réduit à de la marchandise électorale de masse à qui il faut plaire coûte que coûte, peu importe le prix futur à payer, pourvu que quelqu'un se fasse ré-élire pour un autre mandat.
Les parents voulaient des évaluations avec des chiffres? Donnons-leur. Ils veulent des dictées? Donnons-leur. Il ne faut surtout pas aller à rebrousse-poil de la marchandise électorale. Mais quelqu'un peut-il expliquer à ces mêmes parents que les chiffres ne veulent pas dire grand chose. Que la dictée n'apprend pas à saisir l'histoire d'un livre - ce qui est l'essence de la lecture - ni à exprimer correctement nos idées - ce qui est l'essence de l'écriture. Tu veux des chiffres pour l'évaluation de ton enfant? OK, il a 88%. Content? Va te péter les bretelles auprès de tes voisins et de ton beau-frère au party de Noël. Ne serait-il pas mieux pour ton enfant que tu saches qu'il a de la difficulté à comprendre ce qu'il lit? Au moins tu sauras quoi faire - passer du temps avec lui et lire avec lui. N'aimerais-tu pas savoir qu'il a peut-être de la difficulté à lire mais qu'il a une imagination hallucinante pour les histoires? Mais non, tu veux une note. 75%. Content? À ce titre, rétablissons aussi la peine de mort, une majorité y est peut-être favorable. Et s'il n'y a pas de majorité, on n'a qu'à faire un blitz média avec quelques victimes... Du pain et des jeux avec ça?
La réforme permet d'aller au-delà des chiffres et de ramener l'éducation à ce qu'est l'être humain... un être humain. Pas une série de chiffres.
Ah oui, en passant, ton deuxième enfant chérie, il a eu 32% en géographie. Que vas-tu faire pour l'aider? Tu n'en a aucune idée parce que ce que tu veux savoir comme parent c'est qu'il n'y a pas de problème, ou que ses problèmes sont acceptables. Mais un 32% en géographie te dit-il qu'il trippe sur la géographie physique et que l'examen formel et normalisé que tu voulais était à côté de l'incroyable intelligence que ton enfant possède mais qu'on n'avait pas identifié il y a 1200 ans? Ah oui, en passant, il avait un rhume à son dernier examen...
Pis tant qu'à parler de réforme, allons au bout.
Confierais-tu ton bien le plus précieux à quelqu'un sans t'arranger pour qu'il excelle dans la gestion de ton bien? Qui osera dire ici que nos enfants ne sont pas notre plus précieux investissement? On demande à nos enseignants de se dépasser - et la plupart mettent d'innombrables heures non payées pour nos enfants, et on leur donne un salaire de pitié. Pire, on leur crache dessus à la première occasion, ou on les accuse des pires maux sociaux dont NOUS sommes responsables. Va-t-on finir par reconnaître la profession d'enseignant et la valoriser à sa propre valeur???
On juge une société à l'importance qu'elle accorde, entre autre, à ses enfants. Et nos enseignants sont ceux qui préparent non seulement notre société de demain, mais aussi le lit dans lequel on reposera au soir de notre vie. Espérons que nos enfants, qui s'occuperont alors de nous, voudront savoir plus de nous qu'une simple note sur notre bulletin de vie. Parce que, laissez-moi vous dire, il y en a une gang qui ne passeront pas.


18 commentaires:
Belle sortie!
Ça fait du bien.
Michel Desbiens
Enseignant.
Mazz...
ton billet est percutant. Engagé. Aussi, c'est agréable de voir ta perception des enseignants et de la réforme.
Merci
Mets-en que ça fait du bien. Il me semble que c'est plus clair, même pour moi qui n'a pas d'enfant et qui a terminé ses études depuis belle lurette!
J'espère que les bonnes personnes pourront te lire en grand nombre. Je vais faire ma part.
Wow ! Découverte de ce blogue ce soir, via un lien dans un autre blogue que je fréquente !
Ça mérite d'être cité, ce texte ! Merci !
Merci pour cette réflexion percutante sur le sens des notes!
En Suisse Romande aussi, on remet encore une fois l'ouvrage sur le métier, avec des contre-réformistes à la noix qui nous ramènent au Moyen Âge.
Bonjour Mazzaroth,
Ça a fait du bien? lolll
Voici ce que je retiens de ce message après une première lecture.
Je suis pas prof, juste parent...tu sais ceux qui ne comprennent rien à la réforme, ceux qui veulent juste une note et qui se foutent de développer les qualités de leurs enfants.
Je ne suis pas non plus politicien...tu sais, ceux qui veulent juste se faire réélire et faire plaisir à une population incousciente qui n'a aucune idée de ce qui est bon pour leur enfant.
Au fond, une chance qu'on a des profs, parce que sinon il n'y aurait que des incompétents sur terre...
Bon...ok...tu as annoncé d'entrée de jeu que tu péterais une coche, alors c'est de bonne guerre de frapper sur tout ce qui bouge et puis ça fait du bien. Lolll
Dans mon temps, c'était la réforme de l'audio-visuel. Cette réforme a produit une génération qui s'exprime sans doute davantage verbalement, mais qui a toute la misère du monde à écrire un courriel sans faute d'orthographe parce qu'on avait négligé la grammaire et les dictées.
Y a rien de parfait, surtout les réformes, parce qu'une réforme est toujours porteuse de changements majeurs, plutôt que des simples ajustements nécessaires au modèle en place. Or, les changements majeurs apportent toujours leur lot de nouveaux problèmes qui n'existaient pas dans l'ancien modèle.
Ce que je vois et qui ne change pas, par ailleurs, c'est l'intérêt ou le désintérêt qu'un enfant développe pour les math, le français, la géographie, la chimie ou l'éducation physique et qui ne dépendra jamais des multiples réformes qui ne manqueront pas d'être amenées, mais de la passion des profs pour ce qu'ils enseignent et surtout pour la qualité de relation qu'ils établissent avec leurs élèves. Cette relation qui permet de créer un canal par lequel le prof peut faire passer les connaissances.
Einstein était un cancre en math, jusqu'à ce qu'un oncle ingénieur, un été, lui apprenne à comprendre et aimer l'algèbre. On connaît la suite.
Susciter le désir d'apprendre...c'est sans doute le rôle le plus important que puisse avoir un prof. C'est souvent là que se dessinent des carrières, que se développent des passions.
A-t-on besoin d'une réforme pour que les profs soient passionnés par ce qu'ils enseignent?
Je ne crois pas, puisque c'est à la base de leur vocation. On choisit l'enseignement très souvent parce qu'on se sent doué pour faire connaître, parce qu'un sujet plus qu'un autre nous passionne et qu'on veut partager cette passion.
J'en ai rien à foutre des réformes, surtout celles qui visent à encadrer encore plus les profs, parce finalement que le cadre devient si serré qu'il tue la passion.
À bas les réformes!
Mazzaroth,
Péter votre coche? Il y a donc du Patrick Lagacé en vous...
Tout d'abord, merci de votre sensibilité à l'égard de la profession enseignante. Ça fait chaud au coeur de voir qu'on n’est pas juste des parvenus avec deux mois de vacances.
Le fait que vous soulignez qu'il conviendrait d'expliquer en quoi consiste la réforme de l'éducation montre bien à quel point ce dossier est si mal géré depuis dix ans. Alors, imaginez le reste au quotidien. Cette volonté d’information, si elle était appliquée, n'entraînerait pas automatiquement l'adhésion des gens à qui on l'expliquerait. Ce n'est pas parce qu'on comprend une chose qu'on y adhère et l'inverse.
Votre façon de résumer le débat actuel est un peu caricatural et simpliste. Associer ce qu'on faisait dans nos écoles il y a peine dix à l'époque médiévale est un sacré raccourci d'esprit qui ouvre la porte à bien des discours démagogiques qu'on entend de part et d'autre.
Comme enseignant d'expérience, je crois m'être adapté depuis Charlemagne et c'est non sans un sourire que j'accueille depuis dix ans les commentaires de certains collègues qui me disent: «Tu fais donc réforme dans ton enseignement...» Dans les faits, je ne fais pas «réforme»: j'essaie d'être efficace et d'éviter les dogmes. Je déteste les enseignants d'une seule philosophie pédagogique. Et il y a beaucoup actuellement.
La réforme est bien plus que l'intégration de nouvelles méthodes pédagogiques. Certains changements (comme l'éducation à la petite enfance) sont souhaitables, d'autres sont hautement discutables (par exemple, l’intégration sauvage des élèves en difficulté). À cet égard, la réforme oblige ni plus ni moins le travail en équipe et l'interaction interpersonnelle. Est-ce respecter tous les enfants? J'en doute. Certains jeunes sont des solitaires de nature et ne s’en portent pas plus mal.
Derrière ce changement pédagogique, il y a la volonté nette de former des «citoyens». A-t-on vraiment discuté du modèle de citoyen que nous entendons former par ce changement pédagogique? Par exemple, Normand Baillargeon estime que la réforme amènera la formation de citoyens sans trop de connaissances et plus axés sur le marché du travail que sur la réflexion. A-t-il raison? Je ne sais pas, mais a-t-on vraiment discuté de ce point?
Chose certaine, certains aspects du programme de formation actuel vise le développement de l'esprit d'entrepreneurship et de connaissance de soi dans l'optique de bien s'insérer sur le marché du travail. Tout cela amène des élèves à lire des textes sur des métiers en troisième secondaire et à déterminer, toujours dans ce cours, quel métier leur conviendrait. Je ne sais pas, mais ou est la poésie là-dedans, par exemple? On est plutôt dans l'utilitaire et dans la formation d’employés du mois justement.
Un autre point que vous semblez plus ou moins connaître est plusieurs enseignants sont également contre la réforme et ce n’est pas parce qu’ils sont des passéistes ou des facistes.
Quant à votre argumentation sur la dictée, il est un peu facile. Vous mélangez lecture et écriture. La dictée ne doit jamais être une fin en soit, mais peut servir de technique de modélisation (structure d’un texte, techniques d’auto-correction). À l’inverse de ce que vous soulevez, dans certains contextes, une dictée peut même servir à mieux lire!
Par ailleurs, votre commentaire sur les bulletins chiffrés me laisse pantois. Quelle est la différence entre des chiffres ou des lettres? Aucune. Quelle est la différence entre une série de chiffres ou de lettres? L’un n’est pas plus humain que l’autre. C’est le bulletin descriptif et commenté qui importe. Que votre enfant ait un A ou 100% à un volet qui s’appelle «lecture» est tout aussi insignifiant. Et ce qui est encore plus insignifiant, ce sont tous ces parents qu’on ne voit jamais aux rencontres de parents. Ils ont une occasion en or de discuter avec le prof de leur enfant et ils n’ont font rien. Alors, des chiffres ou des lettres… Moi, je me contenterais de parents présents et actifs dans l’éducation de leur enfant. Là, l’école prendrait un sens.
La réforme, la contre-réforme… Ce sont les mêmes fonctionnaires qui nous proposent ces changements depuis vingt ans.
Merci Mazz
depuis plusieurs mois je cherche mes mots, je cherche une façon de dire ce que je ressens face à tout ce qui est véhiculé dans les médias...
Le programme de formation en est un rempli d'espoir pour le futur, rempli de connaissances à acquérir pour développer des compétences. Un programme ,comme tu le mentionnes,qui puisse ses fondements dans les plus récentes recherches en éducation, en psychologie cognitive et neurosciences... (oui Monsieur Lagacé Les SCIENCES de l'éducation existent!)
et quand je lis un enseignant qui s'enflamme, qui dit bien fort ce qu'il ressent, je ne peux que l'admirer encore plus.
Parce qu'enseigner c'est admirable, souvent difficile et malheureusement peu reconnu.
Merci
Mariève Gagné
conseillère pédagogique
ex-enseignante
parent
;)
Ouf, je savais qu'en jetant ce pavé... :-)
Tout d'abord, j'aimerais mentionner que je ne suis pas enseignant. Je ne suis rattaché, ni de près ou de loin, au milieu de l'enseignement. Je ne suis qu'un observateur intéressé qui a des enfants et plusieurs ami(e)s oeuvrant dans le milieu de l'éducation.
Cette mise au point faite...
@Michel Desbiens: En tout ça m'a fait du bien. :-) Ça fait longtemps que je voulais en parler mais les inepties de notre Ministre de l'Éducation aux Francs Tireurs a été de trop.
@unautreprof: Merci! Tu sais, ce n'est qu'une opinion. Ou devrais-je dire, un vote - après tout, c'est tout ce qui semble importer pour la Ministre. Mais je crois sincèrement en ce que vous faites et je sais combien la plupart d'entre vous êtes engagés (devrais-je ajouter bénévoles?). Mon billet ne changera pas grand chose. Mais voyez-le comme un support de plus dans ce que vous faites. En passant, merci pour le backlink! :-)
@Renard L'éveillé: Merci Renard. Et merci de la référence sur ton blogue :-) J'apprécie beaucoup ce genre de coffre au trésor tout plein de perles que tu nous livres fréquemment. J'y ai découvert plus d'un auteur intéressant.
@Sylvain
@Finpoil: Intéressant... Peux-tu nous dire quelles sont les raisons pour lesquelles en Suisse Romande on observe aussi ce mouvement rétrograde? En fait, ici, je crois qu'on cherche tout simplement un bouc émissaire à tous les maux sociaux, et vu qu'il n'y a pas de défenseur public connu de la réforme, c'est une proie facile pour des journalistes bien pensants en quête d'articles à sensation.
@Pierre F.: Je comprends ce que tu écris et je suis en partie d'accord même si nous semblons diverger. Ce que la réforme actuelle amène est une sorte de libération des façons de faire ancestrales et empiriques pour faire de la place à la passion et la créativité des enseignants. Pas qu'avant n'était pas bon, mais il faut utiliser ce qu'on a appris... l'éducation elle-même doit utiliser ses compétences acquises...
Il est vrai que la réforme n'est pas parfaite. Mais il ne faut pas pour autant jeter le bébé avec l'eau du bain. Elle peut être améliorée. Sauf que la tendance générale et politique n'est pas à l'amélioration de celle-ci, mais à une rétrogradation sans même avoir une idée claire de ce qu'on veut abandonner. Ça ressemble plus à une tentative de vieux dogme nostalgique qu'autre chose.
@Le professeur marqué: Ne ne dit pas que les gens adhérerais automatiquement à la réforme si elle était bien comprise. Mais au moins, au lieu d'un retour aveugle en arrière, on pourrait lire plus critique constructive.
Je ne dis pas qu'on enseignait il y a dix ans comme à l'époque médiévale. Je dis que nous devons utiliser les dernières connaissances acquises, et même les technologies, pour améliorer nos méthodes d'éducation. Je perçois l'éducation comme une ouverture vers de nouvelles méthodes et de nouvelles techniques, pas comme l'introduction de nouveaux dogmes. Et, très souvent, les arguments véhiculés dans les journaux contre la réforme sont plus d'une espèce de néo-droite dogmatique qu'autre chose.
Je sais que plusieurs enseignants sont contre la réforme. Et c'est tant mieux. C'est non seulement sain, mais une opposition intelligente fait avancer parce que les vrais problèmes sont mieux identifiés. Encore une fois, la réforme est loin d'être parfaite, mais c'est un pas en avant.
Je ne suis pas contre la dictée. Elle fait partie d'un ensemble de mesures. Mais à en croire les média, c'est la solution à la faim dans le monde et la clé vers le bonheur universel. J'ai seulement hâte qu'un véritable débat intelligent se fasse. Il est peut-être temps de refaire un débat de société - dès qu'on se sera raisonnablement accommodé les uns les autres...
Finalement je ne préconise absolument pas les lettres ni les chiffres. Mais une approche plus humains. Votre argument voulant que les parents participent à la vie étudiante de leurs enfants est tout à fait en ligne avec ma pensée et mon texte. Je que je vois autour de moi est que la note est un prétexte que trop de parents utilisent pour justifier qu'ils n'ont pas le temps de participer activement à la vie de leurs enfants. Un peu comme si les parents sous-contractaient l'éducation de leurs enfants. Et ici, je suis loin de blâmer les parents - nous avons construit une société ou les relations humaines et les valeurs humaines sont sacrifiées sur l'autel économique du profit et du rendement. Les parents - dont je fais partie - sont pris dans ce cercle vicieux.
Je crois que, tout comme les enseignants, les fonctionnaires sont de bonne volonté et essaient de faire pour le mieux. Ils font partie de la solution, pas du problème comme vous le sous-entendez.
Merci beaucoup de votre long commentaire. Il était judicieux et je vais réfléchir plus amplement. Vous avez d'excellent arguments. Probablement moins simplistes que les miens. ;-)
@Mariève: Je ne suis malheureusement pas enseignant comme je le mentionne au début de cette longue réponse. Mais je crois que l'éducation est l'entreprise la plus importante de notre société, et je me sens concerné non seulement parce que j'ai des enfants, mais aussi parce que je veux voire cette société dont je fais partie avancer, devenir plus consciente, et tout simplement meilleure.
Et si j'ai pu mettre des mots... j'en suis heureux. :-)
- Mazzaroth
Mazzaroth,
Où peut-on vous serrer la main pour un tel texte ?
Je m'empresse de vous ajouter dans mon aggrégateur.
Merci.
Je suis aussi un parent qui s'inquiète pour ses enfants qui sont pris dans cette girouette qu'est le système d'éducation. Je suis chanceux, j'ai terminé l'école juste avant que ça commence (85 à 92).
Je crois que les deux extrêmes ne sont pas la solution. Moi je veux des notes (et surtout pas des lettres converties pour nous fermer la trappe). En première année, le prof de mon fils nous a dit "moi des A, j'en donne pas parce que ça veut dire qu'il n'a plus rien a apprendre". Alors pourquoi l'autre professeur du même niveau dans la même école en donne lui ?
Lorsque tu dis qu'on a deux choix:
"1. Enseigner les 'connaissances' telle qu'on le faisait à l'époque médiévale, ou
2. Utiliser ce que nous avons appris dans les dernières centaines d'années en sciences cognitives, neuro-psychologie, et dans les découvertes de la science moderne afin d'améliorer notre façon d'enseigner."
Ça fait un peu penser à l'époque de Duplessis lorsqu'il disait de voter selon sa conscience (PQ ou Libéral) mais de se souvenir que l'enfer est rouge et le paradis est bleu.
Les deux systèmes ont du bon et je comprends que certaines matières ne sont pas chiffrables, comme les arts, par exemple. Mais pourquoi réinventer la roue au lieu de simplement corriger ce qui ne va pas.
@Missmath: Merci et bienvenue Missmath. Mais je ne m'attaque pas très souvent à des sujets aussi, comment dire... titanesques! :-)
@Benc: Il est vrai qu'un des points faibles de la réforme est l'évaluation.
Et quand je parle d'évaluation, je ne veux pas seulement dire les 'notes' mais aussi la façon dont les enseignants doivent s'y prendre pour évaluer la progression des 'apprenants' dans des compétences.
Cela peut demander énormément plus de travail à l'enseignant (comme s'il n'en n'avait pas assez). Et cela relève souvent plus de l'art que de la science et ouvre, par conséquent, toute grande la porte à l'arbitraire. Il faut dire qu'une évaluation sous forme d'une dictée ou d'un examen formel présente une certaine objectivité qu'il ne faut pas rejeter, mais c'est loin d'être complet. Quand on évalue quelque chose, il est important de bien comprendre ce qu'on mesure. Que mesure vraiment une dictée? Je ne suis pas contre la dictée, mais je pose des questions. Je veux simplement qu'on avance.
De plus, une simple conversion d'une note en une lettre ou vice-versa est loin d'être la solution car on ne fait que ré-écrire le problème sous une autre forme, en l'empirant même, comme vous le mentionnez dans votre commentaire.
Il y a des tas de chercheurs, de revues arbitrées et spécialisées, une littérature abondante et quelques enseignants-phare qui peuvent aider le reste de la communauté. Il y a des avenues de solution pour l'évaluation et les notes. Sauf que trop souvent, on est prêt à saborder l'ensemble de la réforme sous prétexte qu'il y a quelques points faibles, en faisant fi des énormes bénéfices qu'elle apporte.
Les deux choix que je présente sont amplifiés pour illustrer l'essence de la réforme - du moins telle que je la comprend. C'est vrai que c'est un peu simpliste, comme le faisait remarquer justement le professeur masqué, mais quelquefois il faut tirer les traits un peu gros pour illustrer un propos en un nombre limité de mots. Je ne dis pas qu'avant c'était mal et que maintenant c'est bien. Je dis qu'on a fait du progrès et qu'il faut continuer d'en faire.
Merci de votre commentaire Benc, j'apprécie énormément! :-)
Mazzaroth: le problème avec la réforme actuelle, c'est que ceux qui la préconisent ne veulent rien y changer (pensée dogmatique) et que ceux qui veulent la dénoncent veulent l'abolir (pensée dogmatique).
Par ailleurs, il est normal que l'évaluation soit actuellement dans un cul-de-sac. L'évaluation, c'est souvent la clé de voûte en éducation. Si elle a des lacunes, tout tombe. Et devinez ce que nos gestionnaires éducatifs ont conçu en dernier...
Enfin, et c'est bien votre droit, vous associez «réforme» et «progrès éducatif». Or, certains des fondements de la réforme remonte à Piaget (on s'éloigne) et même à Socrate (on s'éloigne encore plus).
Pour ma part, il s'agit davantage d'un vernis que d'un fondement concret. Le programme de 1995 en français était tout aussi moderne quant à l'intégration des connaissances, puisque que c'est le but visé par la réforme.
Bon, je sais bien que ceci a été écrit il y a déjà quelques jours... mais j'aimerais vous poser une question concernant les bulletins scolaires. Vous parlez de lettres et de chiffres... je me suis responsabilisée d'aller aux rencontres de parents-professeurs d'un enfant que je connais et veiller à ce que les messages se rendent à la maison du dit-enfant. À son école, la façon (et le prof m'a dit que c'était un effet de la reforme) de noter les bulletins était la suivante: Réussite OU Échec. Je sais bien qu'à un certain degré le pourcentage peut paraître inhumain. Mais il est bon de savoir plus précisément où en est la comprehension d'un enfant, non? Je sais pas s'il réussit à 60%, peut-être qu'il y a encore des efforts à faire à la maison qu'avec un enfant qui a eu 95%, mais si on ne sait que «réussite», sans commentaires ni rien, que peut-on espérer? Que l'enfant mette le doigt sur le bobo et discute de ses difficultés? je ne sais pas si j'aurai une réponse pour tout ça,mais je lance la question en l'air, tout de même... et puis ce fut avec plaisir que j'ai lu ce vrai «débat», riche (des commentaires constructifs) et que je me suis mise à me dire que, dans ce sujet comme dans bien d'autres, une modération des deux parties profiteraient au mieux pour l'avenir de nos enfants. Diversifier les méthodes (mais n'en rejetter aucune) afin de faire profiter un maximum d'enfants, c'est ce en quoi je crois profondément. Pourquoi ne pas juste essayer de trouver un juste milieu et d'y aller selon les groupes ou les enfants qu'on a devant soi??
@lud: Merci de votre commentaire. :-)
Je crois que la réforme a très mal été présentée à l'enseignant dont vous parlez. Un tel manichéisme est tout sauf l'esprit de celle-ci.
Et cela illustre justement un des points que je n'ai pas soulevé: on veut revenir en arrière, accusant la réforme de tous les maux. On dit de la réforme qu'elle est responsable du manque de vocabulaire chez les jeunes, et quoi d'autre. C'était tellement mieux avant! Dans mon temps, on savait écrire, tout le monde lisait, et on savait penser. Bullshit!
Tout est mélangé. Toutes les générations de l'histoire de l'humanité ont vu les générations suivantes comme décadentes. Je lisais dans Horace que les grecs disaient que les jeunes n'apprennent plus rien. Dans les chiffres, ma génération lisait moins que la génération montante actuelle. Oui, il y a tout plein de fautes d'orthographes que font les jeunes aujourd'hui (d'ailleur, je sais que j'en fais moi aussi) mais avons-nous idée à quel point le bagage de connaissances qu'ils doivent acquérir dépasse ce que nous avons nous-même dû acquérir? Plus on avance, plus il y a de choses à apprendre. Les idées avancées par la réforme sont nécessaires sinon nous avançons tout droit vers un knowledge crash. Mais c'est une autre histoire. La réforme est un pas en avant. Et on dit qu'il faut mesurer ses effets et décider si elle est valable ou non. Mais on ne questionne pas son taux de compréhension, de pénétration et d'application. Et on veut mesurer ses effets? Comment mesurer l'effet d'un médicament si on ne sait pas si le patient l'a pris ou s'il a suivi la posologie?
Mon argument contre les notes n'est pas de dire que les notes sont mauvaises, seulement que celles-ci doivent être accompagnées d'une évaluation qualitative et humaine de la situation de l'apprenant. Je dis qu'un 87% ne contient qu'une partie de l'information. Dites-moi, quelle note donneriez-vous à un enfant qui sait faire de la bicyclette? 25% pour savoir pédaler? 34% pour tenir les guidons? Faire de la bicyclette est une expérience complète qui peut difficilement être décomposée. Ainsi en est-il de l'apprentissage de l'être humain.
Ceci dit, je suis tout à fait d'accord que les divers parties doivent se parler. Mais je dois ajouter que le juste milieu n'est pas garant de justesse. Si un groupe croit que la terre est plate et un autre que la terre est ronde, le juste milieu ne représente pas nécessairement la réalité. Cependant, le dialogue réel et ouvert d'esprit est la seule solution à tous conflit - celui-ci inclus.
Toute critique de la réforme doit être vu comme une opportunité d'amélioration, pas une raison pour l'abolir. C'est mon point de vue. :-)
- Mazzaroth
Cher Mazz,
Je suis un peu lassé de cet argument: «Toutes les générations de l'histoire de l'humanité ont vu les générations suivantes comme décadentes. Je lisais dans Horace que les grecs disaient que les jeunes n'apprennent plus rien.»
Peut-on voir indiquer que la civilisation grecque a en effet connu une période de décadence et a été supplanté par d'autres? Cet argument est, quant à moi, à l'effet qu'il a toujours existé des éternels chiâleux est bien vide de sens quand on le remet en perspective.
@professeur masqué: Toujours un plaisir de vous savoir un réciproque lecteur.
La lassitude n'étant pas un contre-argument, heureusement que vous avec étoffé un peu! ;-)
J'imagine qu'on peut en effet attribuer les conflits de génération en partie à des geignards intemporels. Mais je crois qu'une grande partie du fossé inter-générationnel est attribuable à notre inhérente difficulté à accepter le changement et la différence.
La décadence fait peut-être aussi partie du domaine des explications possibles, mais je ne crois pas que notre civilisation soit foncièrement décadente. Ou si elle l'est, ce n'est qu'une question de perspective. Est-ce qu'une chenille perçoit le cocon comme une transition vers la décadence? Je crois plutôt que notre civilisation est, somme toute, incroyablement vivante et en constant changement. Et je suis d'avis que ce changement, identitaire à la Vie, s'accélère. La donne de l'évolution étant l'adaptation au changement et puisqu'on est en train de passer à vitesse grand V, la véritable question est où cela nous mènera-t-il? Mais bon, personne n'est devin (quoiqu'en disent les prétendants à ce poste) et j'ai mon idée là-dessus malgré tout (même si je n'ai aucune prétention divinatoire, juste un penchant à l'extrapolation :-) ).
- Mazzaroth
Que de grande discussions !
Je suis mamans de trois, 21 ans, 18, 16 et déjà à l'école primaire où les enfants étaient plusieurs profs enseignaient comme la réforme le prévoit...
Quand le prof le comprend et se donne la peine et qu'il ou elle aime son métier et que le parent veut le meilleur être humain en son enfant, la réforme ça devient évident.
Quand les parents arrêteront de comparer les enfants entre-eux et verront que les enfants apprennent en vivant et en étant heureux, peut-être irons nous vers une meilleure société.
Aujourd'hui, on cadre nos enfants dans des routines solides, à travers la notre, on les regarde performer, on a toutes les attentes, on accepte pas les routes alternatives qu'ils pourraient décider de prendre, car ce serait vu comme un échec de notre part comme parents.
Qu'ils deviennent des êtres humains bien, généreux, et heureux, conscients de leurs possibilités, c'est un bon début.
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