2007-10-07

Cerveau et Éducation

Une caractéristique intéressante de notre cerveau est que ce que nous savons influence notre perception. Nos sens ne sont pas objectifs. Un coup que nous savons quelque chose, il devient impossible d'en faire abstraction. Faisons une petite démonstration.

Écoutez ce fichier:

C'est un gribouilli incompréhensible.
Maintenant écoutez ce fichier-ci:

Ensuite, ré-écoutez le premier fichier.

Le premier fichier n'est plus du tout incompréhensible. Même qu'il est impossible de remettre votre cerveau dans le même état qu'avant, où les sons étaient incompréhensibles. Il est impossible de faire abstraction de ce que vous savez. Et ceci n'est pas seulement vrai pour l'audition, nos autres sens dont les influx sont interprétés par notre cerveau obéissent aux même traitement. À titre d'exemple (l'exemple est tiré d'un article de Nava Rubin), regardez cette image et tentez d'y voir quelque chose:



Maintenant cliquez sur l'image, et revenez ici. Regardez de nouveau l'image et essayez de ne pas tenir compte de votre connaissance nouvellement acquise...

L'apprentissage ne se fait pas seulement de bas en haut, en assemblant des éléments d'information, mais aussi de haut en bas, en interprétant les perceptions avec nos connaissances.

Notre cerveau est constamment à l'affût de patterns et de signification dans le monde qui nous entoure. À travers nos sens limités, il perçoit et enregistre des patterns, peu importe s'ils sont réels ou non. Et, que nous le voulions ou non, ces patterns subconscients que notre cerveau détectent vont influencer notre perception consciente de la réalité. Nous avons des préjugés. Aussi bien le reconnaître et justement tenter d'en tenir compte dans nos opinions. Je me souviens en astronomie, il était important de bien connaître les déformations que le télescope induisait aux images que nous prenions, pour pouvoir ainsi en tenir compte et les enlever dans le traitement de l'information. On appelait cela enlever la signature de l'instrument, ou soustraire la fonction instrumentale. Pouvons-nous faire de même avec nos perceptions? Pouvons-nous soustraire la fonction instru-mentale qui est sous la forme de nos pré-jugés dans notre esprit et d'ainsi émettre des opinions plus éclairées basées sur une perception corrigée?

Enfant, nous avons tendance à être plus en mode d'apprentissage bas-en-haut, puisque notre banque de connaissance est relativement ténue. Mais en vieillissant, nous développons des cercles vicieux où nous voyons et percevons seulement ce que nous voulons bien voir et percevoir. Peut-être est-ce la raison pour laquelle il est si difficile d'être ouvert aux nouvelles idée ou de changer d'opinions après un certain âge. Peut-être est-ce aussi la raison pour laquelle les écoles où vont nos enfants doivent demeurer laïque...

Notre cerveau est un incroyable outil. Nous l'utilisons tout le temps et il nous est indissociable et même identitaire. Il est le siège de tout ce que nous sommes, de toutes nos idées, nos opinions, nos souvenirs, nos peurs et nos aspirations. Nous l'utilisons inconsciemment, sans trop savoir comment. Plus nous le comprendrons, mieux nous pourrons l'utiliser en tenant compte de ses limites, ses illusions et ses capacités. Plus nous comprendrons notre cerveau, plus nous pourrons évoluer comme individus et comme société. Peut-être même comme espèce! Et cette évolution passe inexorablement par l'éducation.

Voilà l'importance de l'éducation.

Voilà une toute nouvelle perspective au fameux gnōthi seautón socratique.

6 commentaires:

Renart L'éveillé a dit…

Encore une fois, je vais me coucher moins niaiseux!

P'tit Rien a dit…

Eh bien je rejoins Renart.

Vivement l'intelligence avant le sommeil! ;-P

Merci Mazz, très instructif! xoxo

François a dit…

Idem. Un texte... intelligent, que j'ai savouré.

Et, c'est assez "central" comme notion lorsque pris dans les divers contextes de nos vies routinières.

Les routines sont des patterns. On ne fait pas qu'identifier des patterns; on passe notre temps à inclure les petites choses de la vie, comme les grandes, dans des patterns qui nous rassurent. C'est triste que notre système d'éducation ne tienne compte de cette réalité, ou n'approfondisse sa compréhension en l'incluant comme trame de fond au concept d'éducation.

Pour ceux qui aimerais plus de matière à songes sur l'organe, y'a un excellent documentaire qui roule sur les ondes de Télé-Québec (en rediffusion le samedi 13 octobre prochain) et qui s'intitule "Les Virtuoses de la Mémoire".
Fascinant.

Mazzaroth, je saute sur l'occasion pour te dire mon appréciation sur ton contenu. Bravo. C'est depuis quelques semaines devenu une routine dans mes clics du matin.

Daniel Paillé a dit…

Mazzaroth d'OZ, maintenant, j'ai un cerveau et il fonctionne!
Daniel

Cam a dit…

C'est vraiment hot, j'adore.

Je ne peux ignorer maintenant que j'aime te lire... bah, je le savais déjà!

Mais j'ai appris quelque chose avec ton texte. Que tu devrais écrire plus souvent!!!! :)

Anonyme a dit…

Comme quoi à défaut de comprendre il faut apprendre ce que peu de gens savent faire. Le savoir peut être utilisé à mauvais éscient et ça je ne le comprends pas, je crois encore au bien et au mal ou faut-il apprendre de ces personnes en risquant d'avoir un peu le leur en nous...