2009-11-01

eBook, part 2.

Suite à mon billet sur le eBook, j'ai reçu un commentaire dissident d'imaginezautrechose. Je crois qu'elle présente quelques arguments intéressants et plutôt que de répondre en un commentaire, j'ai décidé d'y aller d'une suite à mon billet sur le eBook.



Il est évident que passer au livre électronique fera en sorte que nous devrons laisser derrière nous quelques artéfacts romantiques. Il est très vrai que l'odeur d'un vieux livre qu'on ouvre, ou l'atmosphère d'une bibliothèque, ou le bruit d'une page mince qu'on tourne font partie de l'expérience positive de la lecture. À chaque pas technologique, on a d'ailleurs observé ce type de deuil, mais ceux qui ont eu a les vivre en ont décidé ainsi car ils ont vu plus d'avantages que d'inconvénients dans la passation à une autre technologie. C'est souvent une question de commodité. Voici une brève liste de changements technologiques que nous avons vécu dans l'histoire et qui ont impliqué un tel choix (je vous invite, pour chacun des éléments de la liste, à vous arrêter quelques secondes et de penser à ce qui a été perdu et à ce qui a été gagné):
  • disque en vinyle vs le disque compact,
  • musique en ligne vs CD,
  • VHS vs DVD,
  • DVD vs Blueray,
  • photographie vs peinture,
  • enregistrement vs performance live,
  • automobile vs cheval,
  • peinture à l'huile vs peinture à base d'œufs,
  • réplication manuelle vs Gutenberg,
  • écriture vs tradition orale,
  • argent vs troupeau de chêvre
  • etc.
Continuez la liste par vous même, les exemples sont innombrables. Dans chacune de ces transitions, il y a eu une perte de quelque chose et un gain de quelque chose, et la transition a été alimentée par un bilan positif selon le jugement des gens de l'époque... et de ceux d'aujourd'hui puisque nous n'avons pas rejeté ces choix.

De toutes façons, l'apparition d'une nouvelle technologie ne signifie pas nécessairement la mort de celle qu'elle déloge, seulement un déplacement de la moyenne des utilisateurs. Edgar Fruitier n'a pas jeté sa collection de disque en vinyle quand est apparu le CD et on peut toujours peindre avec du plâtre ou du blanc d'œuf.


Un autre point autour duquel j'aurais dû élaborer d'avantage est celui de la technologie du livre électronique. Il est mal avisé de jauger d'un concept sur la base seule de ses premières implémentations. Et les premières implémentations du livre électronique font plus que laisser à désirer. C'est toujours le cas pour chacun des changements auxquels je faisais référence plus haut. Il est vrai que le livre électronique actuel manque de contraste, qu'il peut donner mal à la tête à la longue, que quand les piles nous laissent tomber, une frustration se fait sentir. Mais nous ne sommes qu'aux premiers balbutiements de ce bidule. Rappelez-vous le premier ordinateur "portable" ou les rouleaux de cire pour enregistrer la musique... Les technologies évoluent, et de plus en plus vite, et comparer une technologie émergente avec une autre qui est mature peut biaiser notre perspective. Pour moi, il est clair qu'une version acceptable d'un livre électronique devra avoir une résolution de plus de 300 dpi, avoir un rapport de contraste de plus de 1000 pour 1, être en couleur, permettre de marquer, surligner, encercler, prendre des notre en marge des pages, prélever des citations et des passages, être connecté, être léger, utiliser un éclairage par réflexion (plutôt que par transmission comme ces écrans qui nous donnent mal à la tête), etc. Pour que le livre électronique soit massivement adopté, il devra présenter des caractéristiques et des avantages clairement plus intéressants que le livre actuel (papier ou électronique). Et je pense que nous ne sommes qu'à quelques années de ceci.

Pour ce qui est du contenu, je ne vois pas en quoi le fait qu'il soit dynamique puisse répugner certaines personnes. En passant, entre le moment ou le dernier commentaire est entré sur mon billet concernant le eBook et maintenant, j'ai fait quelques corrections et je ne vois pas où ça fait mal. C'est une avancée technologique que certains d'entre nous profitent depuis quelques années déjà via nos blogues respectifs et ceci va tout simplement s'étendre encore plus dans le domaine de l'écriture. De toutes façons, céder aux avancées technologiques est quelque chose de non seulement inévitable, mais de déjà fait; J'en prend pour témoin le fait que vous lisiez ces mots au lieu de m'entendre les grogner du fond d'une grotte.

2009-10-27

A(H1N1)

Se faire vacciner ou ne pas se faire vacciner.

On a tout entendu.

C'est un complot des dirigeants planétaires pour réduire la population mondiale en nous tuant via un vaccin.
C'est Donald Rumsfeld qui a tout manigancé pour devenir riche.
Le vaccin n'est pas efficace.
Le vaccin n'est pas testé.
Le vaccin est dangereux.
Les effet secondaires sont inacceptables (paralysie, etc).

Pas question d'enrichir les pharmaceutiques.
Le Dr. Zaffran (alias Martin Winckler) a raison.
Crèvecoeur dit vrai.

Bref, on a toute la panoplie.

J'en ai marre et je jette un pavé dedans moi aussi.

Pour mieux comprendre la décision des gouvernements face au H1N1, je me permet un bref retour à notre histoire récente afin d'aligner quelques faits.

Il y a eu une pandémie H1N1 au début du siècle. Entre mars 1918 et Juin 1920 il y a eu le tier de la population planétaire de l'époque a été infecté par le virus. Il y a eu entre 50 et 100 millions de morts. Essayez d'imaginer, entre 50 et 100 millions de morts.

On parle depuis des années de la possibilité d'une pandémie comme au début du siècle. L'immunisation de la population face au virus grippal A(H1N1) a sérieusement diminué. Ceux qui sont nés après 1950 ne sont pas nécessairement immunisés puisqu'ils n'ont pas été directement exposés au virus. Et cette tranche de la population compose la plus grande partie de la population active - le baby boom et son écho.

La grande majorité de la population mondiale habite le nord de l'hémisphère.

Un virus résiste mal à la haute température. C'est d'ailleurs pourquoi le corps hausse sa température pour combattre un virus - on appelle ceci la fièvre. C'est d'ailleurs pourquoi il y a plus de grippes en hiver qu'en été. L'été il fait trop chaud et le virus peut difficilement survivre.

L'hémisphère nord de la planète se refroidi en automne et en hiver. La majeure partie de la population mondiale passe donc en mode hivernal en octobre/novembre/décembre/janvier/février et devient par conséquent plus susceptible à l'infection grippale. C'est d'ailleurs pourquoi on a observé une première vague en mars 1918 qui a fait peu de morts. Le virus a commencé son œuvre au printemps, a été stoppé pendant l'été et a explosé à la fin de l'automne.

Un des facteurs qui a aidé la propagation du virus en 1918 fut le retour de la première guerre. Ceci a permis de largement distribuer l'infection virale et à augmenter le taux de mutation - plus il y a propagation, plus grandes sont les chances de mutation.

Depuis 10 ans, l'économie est mondialisée; les transports et le mouvement des individus dépassent grandement la mobilité observée au début du siècle, même en considérant les mouvements de troupes de la guerre.

Est-ce que vous commencez à voir une situation se développer? On a les ingrédients pour un "perfect storm".

Maintenant, ajoutons quelques autres faits.

On vient de passer à travers la pire crise économique des 50 dernières années. Imaginez un pourcentage élevé de la population active touché pendant plusieurs jours par une incapacité de produire et ceci, étalé sur plusieurs semaines voire quelques mois. Les effets économiques sont probablement importants aux yeux de nos politiciens favoris pour lesquels nous votons.

Souvenez-vous, il y a quelques années, le scandale de la croix rouge. On disait que les responsables savaient que le sang était contaminé et qu'ils n'ont rien fait. Qu'ils ont même tenté d'étouffer l'affaire. Des poursuites criminelles s'en sont suivi. Certains pays ont même des lois responsabilisant les dirigeants des ONG.

Mettez-vous à la place des responsables gouvernementaux.

Aimeriez-vous être ministre de la santé publique et avoir sur les bras des milliers de morts en n'ayant rien fait pour prévenir une propagation virale? Imaginez les poursuites légales contre les gouvernements et les responsables si un pays n'achète pas assez de vaccins ou ne sonne pas le signal d'alarme. Même si la pandémie devait de loin être insignifiante face à celle du début du siècle, les dirigeants ne peuvent rester les bras croisés et attendre de voir ce qu'il va se passer.

C'est pourquoi on entend tant parler de ce fichu A(H1N1). C'est pourquoi on a acheté 50 millions de doses au Canada. C'est pourquoi il va y avoir des campagnes de vaccination, peu importe le prix. Les lois et notre histoire récente font que le gouvernement se protège.

Dans tout ceci, je n'ai parlé en rien de la validité scientifique de la vaccination en général ni du fait qu'un vaccin présente statistiquement des effets secondaires dramatiquement moins importantes que le virus qu'il combat. Ici, j'utilise le mot "statistiquement" car il y aura toujours des cas isolés, anecdotique quoique dramatique, où on confond corrélation et causalité, où, dans les rares cas où il y a causalité, "shit happens". Si on vaccine 100 000 personnes, 50 000 n'auraient pas eu la grippe, 45 000 l'aurait eu et auraient passé à travers sans problème, 4000 en aurait été sérieusement affectés mais ne le seront pas, 999 en seraient morts mais ne le seront pas et 1 aurait subit des effets secondaires pas vraiment pas enviables...

Pour cet individu qui est victime des effets secondaires, c'est clair que le vaccin est pas jojo. Mais les 999 qui seraient morts et qui ne le seront pas (de cette cause immédiate) parce qu'ils ont été vaccinés, ça a valu la peine. Mais, encore une fois, ils ne le sauront jamais.

Alors on a le choix.

On se fait vacciner et on augmente nos chances de survie, ou on ne se fait pas vacciner et on s'assure de ne pas avoir les très rares effets secondaires.

Pour ceux qui disent qu'ils ne se font pas vacciner parce qu'ils refusent d'enrichir les pharmaceutiques, je leur demande d'être conséquent et de ne plus enrichir les pétrolières ou les Monsanto, ou toutes les compagnies qui vendent un service en échange de votre argent. Je leur demande aussi de ne plus prendre d'aspirines, ou de tylenol, ni d'antibiotiques, ou d'anovulents, bref, rien qui risque d'enrichir des pharmaceutiques... Mais risquer d'infecter les autres en augmentant ses chances d'être porteur d'un virus potentiellement mortel à cause d'un entêtement idéologique s'approchant du dogmatisme ou de l'endoctrinement est irresponsable et socialement répugnant.

Pour les autres, je demande juste de ne pas vous laisser aller dans l'hystérie généralisée des manigances internationales, des fins du monde en 2012 et des complots planétaires. Revenez aux faits. Utilisez votre intelligence et votre objectivité.

Faisons une analyse très simpliste mais combien révélatrice. Il y a quatre possibilités, comme illustré dans le graphique ci-contre.
Il y a les colonnes qui représentent notre choix. Puis les rangées qui représentent la réalité que nous ne connaissons pas encore - en effet, on ne sait pas encore si la pandémie sera meurtrière ou juste une peur orchestrée.
Peu importe les carrés verts (ou vert-jaune). On s'entend qu'il faut éviter à tout prix le carré rouge. Pour l'éviter, on peut toujours compter sur la chance et espérer que la pandémie soit bénigne. C'est un coup de dé hors de notre contrôle. On peut par contre prendre la décision que peu importe si la pandémie est bénigne ou maligne, on met les chances de notre côté et décide de se faire vacciner.

Si ce vaccin augmente votre chance de survie de 1% (c'est probablement plus), mais présente une chance sur 1 million de vous laisser handicapé (le syndrome de Guillain-Barré se traduit par des paralysies généralement régressives en quelques jours), que choisissez-vous? Là est la véritable question.

Je n'embarque pas dans la théorie des complots des pharmaceutiques.
Ni dans l'anecdotique.
Ni dans l'euphorie.

Mais moi, je vais me faire vacciner. Et je vais inciter mes enfants à faire pareillement.

J'ai déjà perdu un enfant à un virus. Je vais donc m'arranger pour minimiser les chances que cela se reproduise.

Point.

2009-09-08

Le eBook

Hier il y avait une chronique chez Christiane Charrette à la radio de radio-canada sur les livres électroniques. On parlait des différents lecteurs de eBooks: le Kindle, le Reader de Sony, le iPod/iPhone d'Apple, l'Androïd de Google... La conversation entre Bruno Guglielminetti et Michel Tremblay tournait autour de la grosseur des polices et de l'écran et combien les éditeurs sont réfractaires à cette nouvelle vague puisque les livres en version électronique coûtent moins chers et qu'ils ne font presque plus de profit. En passant, ces mêmes éditeurs oublient de mentionner que seule la première copie d'un livre électronique coûte quelque chose à produire - toutes les autres copies ne coûtent rien, absolument rien à produire - seulement un partage de revenu avec l'AUTEUR, le créateur, la source sans qui il n'y aurait pas de livre en premier lieu. Alors produire 1 ou 1 milliard de livres coûte la même chose. Sachant ceci, je suis content pour les auteurs qui vont, je l'espère, savoir profiter de la situation et obtenir un salaire décent pour leur œuvre.

Je comprend pourquoi les éditeurs tremblent! On ne parle pas d'un petit changement, mais d'une désintermédiation de la chaîne de valeur de l'industrie de la publication. Quel sera le rôle des éditeurs? Plus besoin d'imprimer, de relier, de distribuer dans les libraires. Plus d'arbres sacrifiés (d'ailleurs, l'industrie du bois a aussi besoin de sérieusement se réformer). Plus d'éditions épuisées. Plus de back order. Plus de file d'attente pour obtenir le dernier Harry Potter... Alors comme auteur, pourquoi irais-je voir un éditeur pour publier mon livre alors que je pourrais le charger directement sur une espèce de iTunes pour les livres où les gens peuvent l'acheter et d'où je recevrais directement 70% des revenus de chaque vente? Les éditeurs ont raison de trembler - il peuvent très bien n'être réduits qu'à de simples critiques de livres parmi tant d'autres. De plus, fini les rejets des l'éditeurs. Tu écris, tu publies, tu récoltes si c'est bon. Ce changement total de cette industrie est une étape normale dans la démocratisation et de la désintermédiation de cette industrie. Mais c'est une étape qui fera mal et je comprend parfaitement pourquoi un grand pan de cette industrie crie haut et fort (en utilisant souvent les droits d'auteur comme support moral). Et ce pan de l'industrie englobe les papetières, les éditeurs, les imprimeurs, les distributeurs, les librairies, etc. Seuls les véritables créateurs (écrivains, illustrateurs, typographistes, monteurs, etc), bref, ceux qui sont les moins payés et dont l'apport est le plus grand dans cette industrie, survivront car ils ont leur raison d'être dans le processus de création; ils sont indispensables. Je sens d'ici la résistance de l'argent.

Sauf que la transformation est commencée.

Il nous est maintenant possible d'accéder à une quantité incroyable de grands classiques via le projet Gutenberg (dont des centaines en français). Terminé de payer 15$ pour une réédition d'un livre de deux cent ans...

Cependant peu de gens semblent penser aux nouvelles possibilités que vont permettre ces nouveaux appareils en particulier et le livre électronique en général. Et c'est ce que j'aurais aimé entendre de la part de Bruno Guglielminetti - mais avait-il seulement le temps d'aller jusque là - même si c'est lui qui est le réalisateur de cette émission? (Je vais éventuellement bloguer sur la place faite à la science et la technologie dans les média)

Imaginez que l'écrivain puisse préparer son livre et modifier certains passages selon l'heure ou le lieu où vous le lisez. Imaginez que l'auteur puisse changer des passages en temps réel, pour les corriger ou les améliorer. Imaginez la formation de cercles de lectures où vous pouvez synchroniser les différents lecteurs afin qu'ils puisse échanger sur un chapitre sans voir le chapitre suivant, ou se laisser des commentaires, ou des idées. Imaginez que vous puissiez suggérer des améliorations à l'auteur d'une œuvre en ajoutant une note sur un passage particulier. Imaginez que pour chaque faute que vous corrigez dans un livre, vous obteniez un remboursement sur votre achat - et que cette correction soit poussée chez les autres consommateurs qui l'ont acheté et sur la version originale. Imaginez que vous puissiez avoir accès à des images, des films, des figures en 3 dimensions, des compléments d'information multimedia relatif au livre, à un personnage, à un lieu, à une émotion, à une démonstration, à une cène de crime. Imaginez pouvoir poser des questions à l'auteur. Imaginez que vous puissiez traîner avec vous tous les livres de votre bibliothèque. Imaginez que vous ayez accès sur votre lecteur électronique à tous les livres qui ont jamais été écris dans toute l'histoire de l'humanité, et dans votre langue. Tout ceci, dans votre poche, dans votre lecteur de eBook. Imaginez comment l'éducation pourrait utiliser et profiter de nouvelles approches pour les livres de classe, les devoirs, les examens. Quelles sont les possibilités offertes aux enseignants pour personnaliser l'enseignement à un enfant en difficulté? Les possibilités sont enivrantes. Et ce n'est qu'une question de temps. La technologie pour tout ceci est soit déjà soi présente, soi en développement. Cette révolution va non seulement altérer notre façon de lire, mais aussi, fondamentalement, notre relation avec l'écrit, notre façon d'apprendre et de s'exprimer.

L'industrie du livre va vivre dans les quelques prochaines années une révolution aussi importante que ne le fut l'invention de Gutenberg. Je sais, on a dit ceci de l'Internet. Mais c'est plutôt le livre électronique qui va compléter cette révolution en apportant une redéfinition du quatrième écran. Le domaine de l'édition va être fondamentalement bouleversé. Les dinosaures vont tenter de lutter pour survivre et retarder l'inévitable. Mais des joueurs émergents vont voir et saisir les nouvelles opportunités, et ceux-là vont éventuellement dominer sur ceux qui périclitent. C'est ce qui arrive tout le temps.

Il est très intéressant de lire les commentaires laissée par les auditeurs suite à cette émission, même s'ils sont peu nombreux... pour l'instant. ;-)

Et ici, je n'ai parlé que des livres... Que dire des magazines, des quotidiens, et du reste du matériel imprimé?

Le future est brillant.

2009-08-13

Croire

Pour les jeux olympiques de Vancouver en 2010, les athlètes arborent un chandail coloré avec la mention "Believe" (voir ici).

Malgré le stunt publicitaire évident, quelque chose m'agace.

J'ai fini par mettre le doigt dessus.

Malgré ce qui nous a été inculqué depuis des centaines d'années, voire des milliers d'années, croire n'est pas une qualité, ce n'est pas positif, bien au contraire. Croire c'est, selon le Robert, "Tenir pour vrai ou véritable", sans la nécessité de preuves ou d'évidences, même la plus infime. J'ai un problème avec ceci. Croire me semble bien plus être une forme de contrôle commode exercée par les autorités de toutes sortes, pour en arriver à leurs fins, peu importe la légitimité ou l'éthique de ces fins. (lisez Machiavel - "Gouverner c'est faire croire").

Croire me semble de plus en plus comme une pathologie manipulable, une forme d'irrationalité utilisable, une poignée dans le dos qui crie "Utilisez-moi!".

Le pire est que croire est probablement profondément quelque chose acquis au fil de l'évolution. En version simplifiée, si un enfant de l'aube de l'humanité ne croit pas ses parents quand ils disent de ne pas aller se baigner dans l'étang infestée de crocodiles, il ne pourra probablement pas éventuellement propager ses gènes de scepticisme...

Alors il semble que l'évolution nous a doté d'une prédisposition à la crédulité.

Et cette prépondérance à la jobarderie a eu des effets secondaires: favoriser la socialisation et le regroupement. L'exploitation des peurs et des incertitudes par les autres est arrivée plus tard mais fut incroyablement abusée. Et l'est toujours. Mais il nous faudra éventuellement voir la crédulité et la propension à croire, comme une faiblesse dont il faut se défaire. Un peu comme un appendice vermiculaire intellectuel.

Notre civilisation, quoiqu'imparfaite, est fondée sur l'objectivité, la connaissance et la science. Enlevez ceci et regardez ce qu'il reste. Pensez-y, pas grand chose. L'Humanité n'a pu réellement prendre les premiers balbutiements de son essor que via la Science. Les croyances ne font que nous ramener dans la caverne dont nous tentons d'émerger.

Croire nous ramène à un monde d'histoires de peur, un univers incompréhensible où l'arbitraire règne et où nous abandonnons aux mains de manipulateurs cyniques ce que nous avons durement acquis comme connaissance de la réalité.

Croire est mauvais. Douter est bon. Voici un raisonnement nouveau.

En doutez-vous?

Je ne demande que le questionnement. Honnête.

2009-08-06

À fond la caisse

Le débat fait rage depuis longtemps. Trop longtemps.

Il y a les témoins de Jéhova qui refusent les transfusions sanguines. Il y a les créationistes qui nient un pan complet de la science moderne - la biologie et la génétique - malgré une quantité massive d'évidences. Il y a les nouvel-agistes qui chantent avec les longueurs d'onde des couleurs du chacras des plantes. Il y a ceux qui disent qu'avant c'était mieux. Et trop d'autres qui ne savent pas ou qui ne veulent pas prendre position. Dans ce capharnaüm, il faut respecter les couleurs, les pensées, les sentiments, les croyances, les superstitions, les cultures, etc.

Et bien soit! Let's go! On respecte tout le monde. Mais pas à moitié, pas du bout des lèvres. On y va à fond. Sans demie-mesure. Et pour rendre la chose encore plus réelle, on va attribuer les budgets d'opération des organismes selon les choix réels des gens, pas selon leurs opinions. Car que vaut une opinion si elle n'est pas supportée par le geste.

Commençons par quelque chose qui est significatif. Je propose qu'on divise les hôpitaux en ailes diverses: "A", "B", "C"... Tu as un mal de tête chronique et tu te dis chamaniste? Parfait! Tu as le choix entre aller dans l'aile "A", en neuro-chirurgie passer un scan dans un appareil à résonance magnétique nucléaire après quoi un spécialiste analysera les résultats et proposera un diagnostique et une marche à suivre, ou tu peux aller dans l'aile "B", où un chaman dansera en tournant autour de toi tout en chantant des mots incompréhensibles et en brassant des osselets.

Tu es leucémique et Témoin de Jéhova? Pas de problème! Tu as le choix entre aller dans l'aile "A" pour une transfusion sanguine avec un phénotype compatible ou tu peux aller dans l'aile "C" où des personnes vont prier pour toi 24h sur 24 pour que Jéhova te guérisse.

Tu as des problèmes de vessie ou d'atroces souffrances à l'estomac et tu es nouvel-agiste? Ne t'en fais pas! Tu as le choix entre aller à l'aile "A" où on va t'examiner avec des ultra-son et on va te donner un anti-douleur en attendant de trouver ton problème ou tu peux aller dans l'aile "D" où on va réaligner tes chacras en calibrant les couleurs de ton âme avec des cristaux de quartz.

Tu as une infection qui s'envenime mais tu es créationiste? On te respecte mon homme. Tu as le choix entre l'aile "A" ou on te donne un antibiotique et des vaccins ou tu peux aller dans l'aile "E" où une équipe spécialisée de prêtres vont prier le ti Jésus pour toi et vont te confesser pour absoudre tes péchés. Ils ont aussi un service gratuit d'exorcisme si tu veux.

Ah oui, en passant, tu décides pour ta petite personne seulement, pas pour tes enfants. Pour les enfants, c'est un comité de l'hôpital, composé des intervenants de toutes les ailes qui décide où ils vont se faire soigner.

Un moment donné, il y en a assez.

Faut juste être conséquent.

Puisqu'il faut respecter tout le monde. Puisqu'il faut respecter toutes les croyances, même les plus stupides et arriérées, alors soit. On va le faire, et jusqu'au bout.

Je me demande bien, dans un tel hôpital, quelle aile sera la plus fréquentée et qui recevra le plus de budget opérationnel. Jusqu'où les croyances sont-elles ancrées. Laissons faire la sélection naturelle tout en donnant totalement priorité aux croyances des individus. Assez de niaisage. Tant qu'à respecter toutes les niaiseries, faisons-le jusqu'au bout.

Si tu choisis l'aile "A" au lieu de l'autre aile qui correspond à tes hallucinations, puisqu'une part équivalente du budget de l'hôpital ira dans cette aile, une part équivalente ira aussi dans l'éducation de tes enfants pour leur enseigner de façon cohérente les bienfaits de l'aile "A" - celle que tu as choisie. Faut être conséquent. Si tu veux qu'à tes enfants soit enseigné Jésus, va te faire soigner dans l'aile "E". Parce que l'aile "A", c'est réservé au rationnel et à la Science - que tu rejettes en parole.

Tiens! j'ai comme l'impression qu'avec le temps, il n'y aura que des ailes "A"...

A moins qu'on limite le pouvoir et l'influence des niaiseries, croyances, superstitions et obscurantismes de toutes sorte, en commençant par ré-écrire le préambule de la charte Canadienne des droits et libertés qui commence actuellement comme suit: « Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit »...

2009-05-27

Le Retour

Il y a 700 ans, Dante ouvrait sa Divine Comédie comme suit:

J'étais au milieu de ma course,
et j'avais déjà perdu la bonne voie,
lorsque je me trouvai dans une forêt obscure,
dont le souvenir me trouble encore et m'épouvante.

Certes, il serait dur de dire
quelle était cette forêt sauvage,
profonde et ténébreuse,
où j'ai tant éprouvé d'angoisses,
que la mort seule me sera plus amère:
mais c'est par ses âpres sentiers que je suis parvenu
à de hautes connaissances,
que je veux révéler,
en racontant les choses dont mon oeil fut témoin.

Je ne puis rappeler le moment
où je m'engageai dans la forêt périlleuse,
tant ma léthargie fut profonde!
mais je marchais avec effroi dans des gorges obscures,
lorsque j'atteignis le pied d'une colline qui les terminait;
et, levant mes yeux en haut,
je vis que son front s'éclairait déjà des premiers rayons de l'astre
qui guide l'homme dans sa route.

Alors mon sang,
qu'une nuit de détresse avait glacé,
se réchauffa dans mes veines;
et comme celui qui s'est échappé du naufrage,
et qui, tout haletant sur le bord de la mer,
y tourne encore les yeux et la contemple,
ainsi je m'arrêtai,
et j'osai sonder d'un oeil affaibli
ces profondeurs d'où jamais ne sortit un homme vivant.


Dès le départ, il donne le ton sur la crise existentielle qu'il vivait. A sa mie-vie, il avait perdu le chemin. Et ces vers marquent le début de l'enfer de Dante. Mais ces vers me résonnent. Il me sont universels. Ils sont universels à tous ceux dont la recherche de soi demeure un appel lancé vers l'abysse et dont aucun echo ne revient.

La bonne voie à laquelle Dante réfère est aussi celle que je recherche. Que j'ai perdue et qu'il me faut retrouver. Mon réflexe est de tenter de retourner à ces moments où cette voie était claire et évidente: mon adolescence.

Alors je regarde en arrière. Et je vois tous ces rêves et toutes ces aspirations; la plupart oubliés ou perdus. La vie nous bouffe comme elle bouffe tout j'imagine. Je revois qui je voulais être, non, qui j'aurais être. Et je constate que je suis passé à côté de cette vie de jadis, cette vie à vivre et pleine de promesse. Je voulais changer le monde, l'améliorer, le rendre meilleur, y contribuer. Et je me suis perdu en cours de route. J'ai dû confondre les étoiles et un réverbère comme disait Cabrel.

La seule solution qu'il me reste est de tenter de retrouver le signal en retournant le plus près possible de qui j'étais naguère. Mais enrichi, j'ose l'espérer, de tout ces heurts et toutes ces larmes qui ont fait croître en moi mon amour de l'être humain.

Ce soir je lisais un texte qui parlait de conserver deux listes à relire chaque matin: ce que je veux, et ce que je ne veux pas. Ces deux listes aident à prendre les décisions semble-t-il. Ou du moins, à savoir si on progresse dans la bonne direction de notre bonne voie comme l'appelait Dante. Après avoir gribouillé quelques items sur chacune des listes, j'ai réalisé que j'avais raté une sortie ou deux. Je me suis peut-être même engagé sur la mauvaise autoroute. Je n'ai pas zéro, mais des éléments essentiels sont manquants dans ma vie.

Le temps qu'il me reste à vivre est compté, comme chacun de nous, et la question est - la seule véritable question - de savoir ce que je fais du temps qui m'est imparti.

La colline dont parlait Dante représente l'état heureux auquel il aspirait. Il m'est souvenir, du fond de mon adolescence, que cette colline existe aussi pour moi. Puissé-je, un jour, la gravir pour y savourer les chaud rayons d'un soleil levant. Alors j'écrirai, comme Dante, sur cette forêt obscure, et j'inscrirai un espoir de plus sur la fresque humaine. L'espoir qu'on peut survivre à la vie, et mourir heureux.

2009-05-14

Le Voile

Je viens de lire le dernier billet de Daniel et je lui ai laissé une commentaire. Mais je crois que le commentaire laissé est pertinent - et son billet aussi.

Allez lire son billet pour mieux situer la suite de ce billet.

Dans notre culture, le voile est perçu comme un affront à la liberté inhérente à tout être humain et une soumission à une religion dirigée et manipulée par des hommes totalitaires et despotes. Le voile est vu comme une soumission aux hommes. Comme un abandon de ce qu'une femme est fondamentalement: un être libre.

Je fais partie de notre culture et c'est aussi comme ceci que je perçois le voile.

Devant une idée qui est tellement généralisée dans notre culture, et dont je suis atteind, je me suis dit que je devais la remettre en question - juste pour la valider ou même peut-être la mettre de côté - mais la questionner, c'est là l'importance. Tout doit être questionné. J'ai alors décidé de m'informer, car c'est vrai que le port du voile m'énerve et vient chercher quelque chose en moi.

Je suis tombé sur ceci.

Intéressant. À la lecture des sourates, le voile me semble moins aplat-ventriste. Il me parait plus comme un aveu que les hommes ne sont que des animaux incontrôlables (du moins, tel que c'était perçu il y a 1200 ans) et représente aussi un symbole purement religieux entre la femme et sa croyance en Dieu. Un peu comme le port de poivre de cayenne dans la main et une croix dans le cou.

Je ne crois absolument pas en Dieu. Mais je ne crois pas qu'afficher une croyance devrait être interdite, tout comme afficher une incroyance d'ailleurs. Ma pensée change. Si une femme veut porter le voile, ou si une prêtresse veut porter le col romain, ou une autre femme porter une robe de bure, qu'il en soit ainsi. Ca ne me dérange pas. Tant que je peux affirmer haut et fort que je suis athée, tout comme eux peuvent affirmer haut et fort qu'ils croient en une chimère.

Tant que les chimères des uns ne deviennent pas la loi des autres.

Merci Daniel, tu m'as fait avancer. J'ai commencé à lire ton billet en me disant "Oui, c'est vrai! Je suis d'accord!". Maintenant, je me dit plutôt "Bof, porte ce que tu veux, tant que tu ne m'impose rien - tout comme mon absence de signe distinctif ne t'impose pas de ne pas en avoir". Sauf que je suis plus vigilant qu'avant: pas de chimère dans les lois. Et les lois régissent les chimères.

À l'intérieur de cette limite, la FFQ peut bien faire ce qu'elle veut - après tout - elle n'est pas prisonnière de sa propre liberté! ;-)

2009-03-18

Loi de l'Évolution

En cette année de Darwin, et en cette semaine du ministre fédéral des Sciences et des Technologies, M. Gary Goodyear, qui refuse de se prononcer sur la question, j'étais curieux de savoir où nous en étions au Canada (et au Québec) sur la question de l'évolution.

Voici ce que j'ai trouvé.

Selon un sondage Angus Reid réalisé entre le 12 et le 13 Juin 2007 (1088 participants), une majorité de Canadiens, et un grande majorité de Québécois, considèrent que la loi de l'évolution est véridique.



C'était la bonne nouvelle.

La mauvaise nouvelle est que peu des participants interrogés comprennent ce que signifie réellement la loi de l'évolution. De plus, plus de 42% des Canadiens (et 45% des Québécois!) croient que les dinosaures ont coexisté avec les êtres humains.

Allez hop! Au travail!

ref: http://www.angus-reid.com/uppdf/ARS_Evo_Cre.pdf

2009-03-05

Mémoires d'Hadrien

Il arrive quelquefois qu'on mette la main sur un livre, recommandé souvent, en ne sachant pas.

On commence à lire. On tourne les pages. Au début il y a ce vague sentiment, à peine perceptible. On continue de lire. Et le sentiment prend lentement forme, il se précise et il grandit. Jusqu'à ce qu'on réalise la nature réelle de cette impression: on foule un des sommets de la littérature humaine. Et c'est la certitude. C'est un chef-d'oeuvre! On savoure désormais chaque mot, chaque leçon de vie, chaque idée. Cependant, au fil des page qu'on tourne aussi lentement que possible, un deuil peu à peu s'installe. Plus on s'approche de la dernière page, plus on sait que jamais une telle expérience ne se représentera à nous. Puis c'est la cassure de la dernière page. On entre dans la mort les yeux ouverts. On aura beau chercher fébrilement une expérience intérieure semblable, on sait que le sommet est derrière soi. On essais les autres de Yourcenar, dans l'espoir. On essaie Proulx, Hesse, Camus. Mais en vain. Alors on commence à jalouser ceux qui ne l'ont pas lu, car on sait combien grande sera la découverte. On jalouse le potentiel de l'innocence.

Ainsi en est-il des Mémoires d'Hadrien de Marguerite Yourcenar.

Il y a avant. Et il y a après.

Puisse ce livre être le dernier que vous lirez, car les suivants demeureront inachevés.

Acheter ce livre sur Amazon.ca

2008-12-18

Arbre de Noël?

Imaginez un monde, loin dans le passé, saturé de superstitions et de croyances de toutes sortes basées sur des anecdotes. Une époque où les humains avaient le temps d'imaginer des histoires et de bonifier la tradition orale. Un monde où la connaissance des phénomènes naturels était très limitée, voire absente. Ce monde était un monde magique, peuplé de dieux, de potions et de rituels. Un monde de peur.

Dans ce monde, on remarquait que le soleil, source de vie, lumière du monde, pourvoyeur de chaleur et de sécurité, décroissait, devenait de plus en plus faible de jour en jour, jusqu'à un certain moment de l'année ou le soleil s'arrête de descendre - le solstice (le mot solstice provient de deux mots latin; "sol", qui veut dire soleil, et "stare" qui signifie arrêter). Les feuilles tombaient. Les arbres et les fleurs mouraient. Toute la nature se figeait. Toute? non! Certains arbres résistaient. Certains arbres, malgré la déchéance du soleil, gardaient leur couleur verte. Ils demeuraient vivant contrairement à tout le reste de la nature qui se flétrissait. Ces arbres, dans l'esprit des habitants de ce monde, avaient sûrement de quelconques propriétés magiques! Cet arbre ne meurt pas, il est éternel! Alors on imagina:

Si j'apporte des branches de cet arbre magique chez moi, cela va sûrement avoir un bienfait pour les miens - cela va nous aider à conserver la vie au moment où le soleil est à son plus bas.

Certains allaient même jusqu'à ajouter des figurines de leur dieu préféré à ces branches vertes. Bien sûr, on ne prélevait que quelques branches - couper un tel arbre eut été un dévastateur sacrilège.

Alors, lentement émergea le rituel de décorer sa maison avec des branches de sapin, de palmier (en Égypte) ou d'un quelconque arbre vert (dans la Grèce antique) au solstice d'hiver.

Là semble être l'origine lointaine, et païenne, du sapin de Noël.